Méthode et terminologie du Diwan
Nous présentons ici les termes retenus pour évaluer les hadiths, ainsi que notre méthode scientifique de vérification et d’explication.
Terminologie du hadith — notions fondamentales
Certains termes reviennent dans les pages du Diwan et sont indispensables à la bonne compréhension du jugement porté sur un hadith. Nous réunissons ici les notions utiles au lecteur, des fondements aux notions plus approfondies.
I. Notions fondamentales
Un hadith se compose d’un matn (texte transmis) et d’un sanad (chaîne qui le transmet). Cette partie définit ces deux éléments et leurs transmetteurs : les Compagnons, les Successeurs et ceux qui les suivent.
« Les actes ne valent que par les intentions, et chacun n’aura que ce qu’il a eu l’intention de faire. »
- Le Prophète ﷺ
- Umar b. al-Khattab ﵁
- Alqama
- …et la suite de la chaîne
- al-BukhariLe compilateur
Définitions générales
- Hadith
- Ce qui est attribué au Prophète ﷺ : parole, acte, approbation tacite ou description.
- Khabar (récit)
- Récit transmis. La plupart des terminologues lui donnent un sens plus large que celui de hadith : tout hadith est un khabar, mais tout khabar n’est pas un hadith.
- Athar
- Ce qui est attribué à une personne autre que le Prophète ﷺ : Compagnons, qu’Allah les agrée, ou Successeurs. C’est l’usage courant ; certains le considèrent comme synonyme de hadith. Il comprend les récits mawquf et maqtu.
- Matn (texte)
- Le texte même du récit, auquel conduit la chaîne de transmission.
- Sanad / isnad (chaîne)
- La voie qui mène au matn ; les spécialistes du hadith emploient isnad dans le même sens. On parle parfois de « chaîne de transmetteurs », mais le premier terme est plus large : la transmission peut aussi se faire par wijada, c’est-à-dire à partir d’un manuscrit de la main de son auteur, sans l’avoir entendu de lui.
- Rawi (transmetteur)
- L’un des transmetteurs de la chaîne, qui transmet le récit de son prédécesseur à son successeur.
- Sahabi (Compagnon)
- Personne ayant rencontré le Prophète ﷺ en croyant et étant morte musulmane. Qu’Allah les agrée.
- Tabi‘i (Successeur)
- Personne ayant rencontré un Compagnon en croyant et étant morte musulmane.
- Takhrij (référencement)
- Identifier les sources qui ont transmis un récit et en préciser le degré.
- Illa (défaut caché)
- Défaut subtil qui compromet un récit dont l’apparence semble saine ; seul un critique très versé dans cette discipline peut le déceler.
II. Selon l’autorité à laquelle il est attribué
Tout matn remonte à une autorité qui l’a énoncé : Allah ﷻ, le Prophète ﷺ, un Compagnon, un Successeur ou une source des Gens du Livre. Le type du matn indiqué sur chaque page précise cette attribution.
- Qudsi (sacré)
- Allah ﷻ, rapporté par le Prophète ﷺCe que le Prophète ﷺ rapporte de son Seigneur ﷻ : le sens comme la formulation viennent d’Allah ﷻ. À la différence du Coran, sa récitation n’est pas un acte cultuel, la prière n’est pas valide par sa récitation et le défi d’inimitabilité ne concerne pas sa formulation.
- Marfu‘ (attribué au Prophète)
- Le Prophète ﷺCe qui est attribué spécifiquement au Prophète ﷺ. C’est le sens par défaut dans le Diwan.
- Mawquf (arrêté)
- Paroles propres d’un CompagnonCe qui est attribué à un Compagnon, qu’Allah l’agrée : ses propres paroles ou actes, et non un récit qu’il rapporte du Prophète ﷺ.
- Maqtu‘ (interrompu)
- Paroles propres d’un SuccesseurCe qui est attribué à un Successeur : ses propres paroles ou actes. À ne pas confondre avec munqati‘, qui qualifie la chaîne.
- Isra’ili (récit israélite)
- Les Gens du LivreRécit provenant des Gens du Livre. On ne l’affirme ni ne le nie, sauf lorsque la charia le confirme.
III. Selon son acceptation ou son rejet
Un hadith est soit accepté et recevable comme preuve, soit rejeté et non établi. Chacune de ces catégories comporte des degrés, du sahih li-dhatihi jusqu’au récit sans fondement ; le degré figure sur chaque fiche de hadith.
Accepté
- Sahih li-dhatihi (authentique en soi)
- Chaîne continue de transmetteurs intègres et précis à chaque niveau, exempte d’irrégularité et de défaut caché.
- Sahih li-ghayrihi (authentique par corroboration)
- Récit hasan dont les différentes voies, réunies, l’élèvent au degré du sahih.
- Hasan li-dhatihi (bon en soi)
- Réunit les conditions du sahih, sauf que la précision de l’un de ses transmetteurs est légèrement moindre.
- Hasan li-ghayrihi (bon par corroboration)
- Récit faible d’une faiblesse tolérable, dont les différentes voies se renforcent mutuellement.
Rejeté
- Shadh (irrégulier)
- Récit transmis par une personne recevable qui contredit un transmetteur plus précis ou plus nombreux.
- Da‘if (faible)
- Récit auquel manque l’une des conditions d’acceptation : rupture de la chaîne ou défaut chez un transmetteur.
- Shadid al-da‘f (très faible)
- Récit d’une grande faiblesse que la multiplicité des voies ne peut réparer ni élever.
- Munkar (désavoué)
- Récit transmis par un transmetteur faible, en contradiction avec les transmetteurs fiables.
- Mawdu‘ (forgé)
- Récit inventé et faussement attribué au Prophète ﷺ ; c’est la pire catégorie de récits faibles.
- Makdhub (mensonge délibéré)
- Récit dont l’auteur de la fabrication a établi avoir délibérément menti au sujet du Prophète ﷺ.
- Batil (faux, sans fondement)
- Récit manifestement faux, parce qu’il contredit un enseignement établi de manière certaine ou en raison de son caractère gravement répréhensible.
- La asla lah (sans chaîne connue)
- Récit pour lequel aucune chaîne de transmission n’est connue.
- Laysa bi-hadith (ce n’est pas un hadith)
- Parole répandue comme hadith, mais qui n’est pas du Prophète ﷺ.
IV. Conditions d’un hadith authentique
Un hadith n’est jugé authentique que si cinq conditions sont réunies : continuité de la chaîne, intégrité des transmetteurs, précision de leur mémoire, absence de shudhudh et absence de illa. Si l’une d’elles fait défaut, il n’atteint pas le degré du sahih.
- Continuité de la chaîne
- Chaque transmetteur a directement reçu le hadith de celui qui le précède, du début à la fin de la chaîne.
- Intégrité des transmetteurs
- Chaque transmetteur de la chaîne est intègre dans sa religion et sa conduite.
- Précision des transmetteurs
- Chaque transmetteur maîtrise ce qu’il rapporte, préserve son manuscrit de toute altération s’il transmet d’après un écrit et ne commet pas plus d’erreurs que de transmissions exactes.
- Absence de shudhudh
- Le récit ne comporte pas de contradiction entre un transmetteur recevable et un autre plus précis ou plus nombreux ; une telle contradiction est dite shadh.
- Absence de illa
- Le récit est exempt de tout défaut caché rédhibitoire, même si son apparence semble saine.
Les deuxième et troisième conditions concernent le transmetteur : intégrité (adala) et précision (dabt).
Adala (intégrité)
Disposition stable qui porte la personne à la piété et à la dignité ; elle la retient de mentir au sujet du Prophète ﷺ.
Ses cinq conditions
- Islam
- Majorité
- Raison saine
- Absence de causes de perversité
- Absence de ce qui porte atteinte à la dignité (muru’a)
Dabt (précision)
Le transmetteur maîtrise ce qu’il a mémorisé et préserve le livre dont il transmet le contenu, depuis sa réception jusqu’à sa transmission.
Ses deux formes
- Précision de mémoire : exactitude conservée en mémoire
- Précision de l’écrit : protection de la copie contre l’altération et la perte
V. Principales causes du rejet
Dès qu’une des conditions précédentes fait défaut, le récit n’est plus recevable. Les causes sont nombreuses ; les plus connues sont une rupture de la chaîne ou une faiblesse chez un transmetteur.
I. Rupture de la chaîne
- Munqati‘ (interrompu)
- Chaîne comportant une rupture, quelle qu’en soit la forme. Ses catégories selon l’emplacement de la rupture et le nombre de transmetteurs manquants :
- Mu‘allaq (suspendu)
- Un ou plusieurs transmetteurs consécutifs manquent au début de la chaîne.
- Mu‘dal (doublement interrompu)
- Deux transmetteurs consécutifs ou davantage manquent dans la chaîne. Tout mu‘dal est munqati‘, mais l’inverse n’est pas vrai.
- Mursal (omis)
- Un Successeur attribue directement un récit au Prophète ﷺ sans nommer le Compagnon qui le lui a transmis. À ne pas confondre avec le mursal khafi ci-dessous.
- Rupture cachée
- Rupture que la forme apparente de la chaîne ne révèle pas. Elle se découvre en examinant qui a reçu de qui et seul un critique expérimenté peut la déceler. Parmi ses catégories :
- Mursal khafi (transmission indirecte cachée)
- Récit rapporté d’un contemporain dont la rencontre avec le transmetteur n’est pas établie, avec une formulation qui laisse entendre une audition directe. Le mudallis rapporte d’une personne qu’il a rencontrée et entendue, tandis qu’ici la rencontre elle-même n’est pas établie.
- Tadlis (dissimulation)
- Dissimuler un défaut de la chaîne pour lui donner une apparence meilleure : le mudallis laisse croire à une chaîne continue en rapportant d’un contemporain sans l’avoir entendu, avec une formule ambiguë comme « d’après » ou « il a dit ». Pour le transmetteur connu pour pratiquer souvent le tadlis, le récit n’est accepté qu’après une déclaration explicite d’audition : « il nous a rapporté » ou « j’ai entendu ».
II. Défaut chez le transmetteur
L’une des deux qualités requises lui fait défaut : l’adala ou le dabt. Cela se désigne notamment par les termes suivants :
- Majhul (inconnu)
- Transmetteur dont l’identité est inconnue, ou connu mais dont l’intégrité et la précision ne sont pas établies.
- Sayyi’ al-hifz (mémoire déficiente)
- Transmetteur dont les erreurs l’emportent sur les transmissions exactes ; on ne se fonde donc pas sur ce qu’il rapporte seul.
- Matruk (délaissé)
- Transmetteur accusé de mensonge ou commettant des erreurs si graves que ses hadiths sont délaissés.
- Muttaham bil-kadhib (accusé de mensonge)
- Transmetteur connu pour mentir dans la conversation ordinaire, sans que le mensonge dans la transmission du hadith ait été établi contre lui.
- Kadhdhab (grand menteur)
- Personne qui a délibérément menti au sujet du Prophète ﷺ et fabriqué des récits.
Termes employés par le Diwan pour évaluer les hadiths
Certains savants énoncent explicitement leur jugement sur un hadith ; d’autres suivent une méthode particulière. Nous interprétons leurs formulations selon les principes suivants :
Cela indique l’authenticité du hadith. Nous précisons les cas qui font l’objet d’une discussion.
Nous entendons par là les hadiths sur lesquels Abu Dawud ne s’est pas prononcé : ils conviennent comme preuve ou à titre de considération, y compris ceux qui sont faibles mais peuvent être renforcés.
Cela signifie que le hadith est authentique ou bon.
Nous retenons son authenticité selon cet auteur, qui s’engageait à signaler toute anomalie lorsqu’il en relevait une.
Cela témoigne de son authenticité, car l’auteur ne retenait que des chaînes authentiques.
Cela témoigne de son authenticité selon sa déclaration : « S’il ne comporte pas de défaut, mon silence à son sujet indique son authenticité. »
L’auteur ne cite que des hadiths authentiques ou bons ; s’il en mentionne un faible, il le signale.
S’il commence par « d’après », le hadith est authentique ou bon ; s’il commence par « il a été rapporté », il est faible.
Il a dit : « Ce que je ne prends pas la peine de clarifier est bon. »
Nous entendons que ce hadith fait partie des récits rejetés de ce transmetteur, ce qui indique qu’il n’est pas authentique.
Tout récit qu’il attribue exclusivement à al-Uqayli, Ibn Adi, al-Khatib, Ibn Asakir, al-Hakim al-Tirmidhi, al-Hakim dans al-Tarikh, Ibn al-Najjar ou al-Daylami est faible.
Notre méthode au Diwan
Nous suivons une méthode scientifique rigoureuse et accessible à tous les musulmans :
Hadiths acceptés et rejetés
Nous distinguons les hadiths acceptés (en vert), authentiques ou bons, des hadiths rejetés (en rouge), faibles ou forgés, afin d’en faciliter la lecture aux non-spécialistes.
Clarté du jugement
Nous indiquons clairement le jugement porté sur le hadith et signalons s’il est faible dans un contexte, mais authentique dans un autre.
Présentation des avis
Nous présentons d’abord les savants qui retiennent le hadith comme preuve, puis ceux qui le rejettent, en séparant leurs avis par « mais ».
Takhrīj : sources et vérification
Nous retrouvons les sources des hadiths, étudions leurs chaînes de transmission et évaluons leur authenticité selon la méthodologie des sciences du hadith.
Éclaircissement des points problématiques
Nous expliquons les aspects problématiques du hadith et répondons aux objections lorsqu’il semble y avoir contradiction.
Récits des Compagnons
Pour une raison pertinente, nous pouvons aussi évaluer les récits mawquf (attribués aux Compagnons ou aux Successeurs), au-delà des récits marfu (attribués au Prophète ﷺ). Nous le signalons par le terme « récit ».